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Reportage de voyage

Sulawesi (Célèbes) : voyage en pays Toraja

Le pays Toraja est l'un des endroits les plus magiques d'Indonésie. Entre rites funéraires, maisons traditionnelles et buffles roi, plongée étonnante dans une culture authentique et singulière. Par Hélène Dujardin

On la connait sous le nom français de Célèbes et indonésien de Sulawesi. Cette île du centre de l'Indonésie, l'une des dix-sept mille de l'archipel, la douzième plus grande au monde, est un incroyable kaléidoscope de cultures.

Pas moins de 40 langues y sont parlées. Et parmi les ethnies vivant dans ses magnifiques paysages, souvent au milieu des montagnes, l'une d'elle est plus fascinante encore que les autres, les Torajas.

Le pays Toraja se mérite. D'Ujung Padang (Makassar), l'aéroport le plus proche, au sud-ouest de l'île, il faut dix bonnes heures de route en bus pour rejoindre Rantepao, cœur touristique du monde toraja, au nord de la péninsule. Un voyage finalement moins éprouvant qu'on peut le craindre... dans un bus confortable avec climatisation et « repose jambe »...

Incroyables "Tongkonan" ! Peu importe qu'on les ait vues maintes fois en photo, on est de suite émerveillé par les maisons traditionnelles du pays Toraja. Leurs toits évoqueraient la forme des bateaux dans lesquels les ancêtres seraient arrivés dans l'île. Cette forme rappelle aussi la ligne incurvée des cornes de buffle, l'animal sacré des Torajas...

A 4 km de Rantepao, Kete Kesu est décrit dans le guide Lonely Planet comme l'un des «villages touristiques» du pays Toraja. Les Tongkonan sont disposés en deux rangées le long d'une large allée centrale. Un alignement si parfait qu'il semble «arrangé pour les touristes». Erreur ! On retrouve cette disposition dans de nombreux villages autour de Rantepao.

Parmi les éléments de décoration des belles façades des maisons, l'on trouve en nombre des  cornes de buffles sacrifiés lors des funérailles.

Les buffles sont omniprésents en pays Toraja... sauf dans les champs et rizières en tant qu'animal de trait... Ici c'est l'homme qui pousse la charrue... Les buffles sont trop importants pour prendre le risque de les fatiguer et de les voir malades !


Le rapport à la mort est peut-être l'expérience la plus marquante et fascinante en pays Toraja. L'héritage d'une religion traditionnelle animiste connue sous le nom d'Aluk To Dolo ("la voie des ancêtres").

Longtemps autonomes, les Torajas ont été christianisés vers 1900 par des missionnaires néerlandais. Mais si un Toraja sur deux est aujourd'hui chrétien, le pays est toujours imprégné par la religion traditionnelle animiste, laquelle accorde à la mort une place très particulière... Très visible, jamais cachée...

Une fois les cérémonies funéraires célébrées, les Torajas enterrent leurs morts dans des tombes creusées dans des falaises. Dans le sol, les morts gêneraient les récoltes.

Les nobles ont droit à un traitement de faveur.  A flanc de paroi, sur la falaise de Lemo, des poupées à l'effigie des défunts - les Tau-tau - sont posées sur des balcons. Les morts peuvent ainsi contempler les vivants et vice-versa...

Assister à des funérailles est le temps fort d'un voyage en pays Toraja. Un sentiment très curieux pour un Occidental. Mais l'enthousiasme des Torajas sur le sujet est communicatif ! Un conseil : optez à la fois pour une cérémonie  dans l'un des villages autour de Rantepao, et pour une autre dans un hameau  au milieu des montagnes lors d'un trek avec un guide...

Les funérailles sont particulièrement grandioses. Les familles s'endettent pour la vie afin de donner le lustre nécessaire à ces obsèques. Dans le village de montagne, une cérémonie aurait coûté 80 000€... Une somme très importante pour nous, considérable dans un pays tel l'Indonésie... Le corps embaumé, le temps d'organiser la cérémonie, reste parfois dans la maison familiale plusieurs mois, voire des années !


Ce jour-là - on l'apprend souvent le matin même ou la veille - sont organisées dans un village voisin les funérailles d'une grand-mère et de son fils. Il faut alors demander son chemin : «Di mane tomate ?» (« où se trouve la cérémonie »). Et chaque personne interpellée d'indiquer joyeusement la direction.... Etonnant accueil, dans le respect et la joie, par un fils et frère des défunts. Plusieurs centaines d'invités sont réunis pour l'occasion, tous vêtus de noir - le blanc étant réservé à la famille proche - venant d'un peu partout dans l'archipel.

Des pavillons provisoires ont été construits pour la cérémonie, le temps que dure la période de deuil de la famille, entre 3 et 7 jours.  La cérémonie est festive et joyeuse. Les membres  féminins de la famille proche posent devant les cercueils et les photos des défunts.

Danses et chants se succèdent... Chaque personne, costumée,  tient un rôle. Il s'agit de se  concilier la faveur des morts, et ainsi d'avoir une bonne influence sur l'agriculture.

Les Torajas, faut-il le préciser, croient fermement aux esprits et à leur pouvoir. Une incroyable ferveur et énergie se dégage de la cérémonie. De quoi en avoir des frissons... sous un soleil cuisant !

D'autres moments sont plus drôles ou étranges, telle la bataille des chaussures entre femmes, ou encore la procession avec les cercueils, en début de cérémonie, quand les membres de la famille les plus proches se tiennent par un tissu rouge.



Le « catatalque » - petite maison Toraja où se trouvent les cercueils - est porté par un groupe d'hommes qui secouent vivement la maison de temps en temps, avec force cris, pour prévenir que la cérémonie commence !

Les sacrifices de buffles font partie intégrante des rituels. Âmes sensibles s'abstenir ! Même les plus aguerris ne sont pas indifférents. Mais ici petits et grands assistent avec attention au «spectacle» ... 

Le nombre de buffles sacrifiés varie en fonction de la classe sociale de la famille, avec un minimum de douze buffles... dont un albinos. Lors d'un conseil de famille, ces membres se répartissent les buffles à sacrifier. Chacun peut surenchérir... Le conseil décide aussi de l'ordre dans lequel les animaux seront sacrifiés. L'âme du mort pourra ainsi s'échapper.

Après les sacrifices, la viande des buffles est découpée, puis répartie entre les membres de la famille. Elle nourrira aussi les invités durant les cérémonies. Dans le petit village de montagne, on peut aussi assister à une vente aux enchères de morceaux. L'argent sera donné à des œuvres de charité. Un « monsieur loyal » tout de violet vêtu officie ce jour-là : «Qui dit mieux pour cette langue ? une fois, deux fois ? Adjugé...».

Les porcs tiennent aussi un rôle essentiel lors des cérémonies. On les voit partout attachés sur une plante sacrée, la Cordyline. Leur  sacrifice apportera fertilité et fécondité lors de la grande fête.

Dans le village de montagne, le soir, les hommes accompagnent encore l'esprit du mort. Ils chantent a capela, à tour de rôle, forment un cercle et dansent en se tenant la main ... Il fait nuit noire et les chansons lancinantes vous emportent dans une expérience hors du temps.

Si les Torajas boivent volontiers, notamment leur vin de palme, ces soirées sont surtout l'occasion de fumer. En effet, la famille du défunt distribue sans cesse des cigarettes, le jour comme la nuit.

Ne manquez pas d'inclure à votre séjour la visite du marché de Bolu, non loin de Rantepao. On y vend le fameux café toraja, des cochons, du poisson séché, des coqs de combats... Et tous les six jours les buffles pour ce qui constitue le temps fort du marché. A voir absolument.

© oopartir.com - 2011 - texte et photos Hélène Dujardin (helenedujardin.fotoloft.fr)


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