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David Le Breton: "la marche c'est jubilatoire"

Interview exclusif de David Le Breton, anthropologue et sociologue, marcheur et "flâneur".

David Le Breton enseigne la sociologie et l'anthropologie à la Faculté des sciences sociales de Strasbourg. Dans son ouvrage, "Eloge de la marche" (Métailié), il y dévoilait sa passion pour les balades aux quatre coins de la planète. Un essai sur le "bonheur de flâner".

Quelles furent vos motivations pour écrire "Eloge de la marche"?

David Le Breton: Après le livre précédent, "L'adieu au corps", j'avais souhaité retrouver un second souffle et un propos un peu plus heureux. Bien sûr, il y a l'amour de la marche, de la flânerie, l'abandon au temps qui passe. Pour moi, le marcheur est quelqu'un qui prend son temps plutôt qu'il ne laisse le temps le prendre. C'est aussi quelqu'un qui emprunte les chemins de traverse du monde contemporain. Notre monde renvoie vers un impératif de communication, d'efficacité, de rendement, de disponibilité. La marche, au contraire, invite à prendre la clé des champs, à retrouver une écoute et une disponibilité au monde, une jouissance du temps. Flâner, c'est perdre cette violence du temps qui caractérise notre société contemporaine.

"Eloge de la marche" n'est pas le livre d'un scientifique…

David Le Breton: Ce n'est pas du tout un livre d'anthropologie ou de sociologie. Il m'est complètement indifférent de connaître le nombre de randonneurs en France ou leur classe sociale. J'ai voulu davantage me faire plaisir et cheminer en compagnie de grands écrivains marcheurs, un peu comme si, tous ensembles, nous étions partis faire une marche.

Nous en aurions profité pour nous poser d'innombrables questions concrètes: où va-t-on déjeuner ce midi, où va-t-on dormir ce soir, que va-t-on faire s'il pleut? J'ai voulu tracer une sorte de chemin d'amitié avec des grands marcheurs comme Jacques Lacarrière ou Leigh Farrmor, dialoguer avec un écrivain du XIXème comme Stevenson, ou un grand ancien comme Basho. L'approche universelle du marcheur échappe au temps. Basho, au Moyen-Age, se préoccupait déjà de savoir quels bagages emmener.

Etes-vous un grand marcheur?

David Le Breton: Je suis d'abord un grand marcheur urbain. Dans le cadre de mon travail de sociologue, je suis en effet souvent invité à intervenir dans des conférences et à participer à des colloques. Pour moi, le plaisir de la découverte passe par le corps, par la déambulation, par l'abandon au génie des lieux. J'aime bien m'abandonner aux lignes de champs, comme le dit Bruce Chatwin, en allant d'une rue à l'autre, d'un édifice à un autre. L'autre grand bonheur du marcheur urbain, ce sont les terrasses de café. Ces postes d'observation permettent de regarder le visage des gens, de saisir le rythme de la vie urbaine.

Quelles sont vos villes coup de cœur?

David Le Breton: Strasbourg, la ville où je vis depuis quelques années, offre des ressources inépuisables pour le promeneur. Malheureusement, les villes les plus belles sont souvent défigurées par l'automobile. On imagine la beauté de Lisbonne sans cette présence envahissante des voitures. Dans nos grandes capitales occidentales, on est davantage soumis à des impératifs de déplacements. A Paris par exemple, le flâneur devient un peu un gêneur. On encombre les voies de passage.

Je sens moins ce phénomène dans des villes indiennes ou brésiliennes. J'aime beaucoup Bombay, Rio ou Récife. Là-bas, on a l'impression que les gens prennent davantage le temps de flâner. Léon-Paul Fargue ou Guillaume Apollinaire ont pourtant écrit autrefois de merveilleux livres sur le flâneur à Paris. Aujourd'hui, quand je me promène dans les rues parisiennes, j'ai souvent l'impression de devoir me dépêcher, surtout dans les lieux de grand passage.

Vous faites donc l'éloge de la lenteur?

David Le Breton: Je fais à la fois l'éloge de la lenteur et du bonheur tranquille. Si le titre n'avait pas été trop long, j'aurais opté pour "Eloge de la marche et du bonheur de flâner". La philosophie de mon livre, c'est de retrouver le temps de vivre ou de cheminer avec les autres tranquillement, sans souci du temps qui passe et sans souci du point d'arrivée.

Quelles sont vos expériences les plus marquantes à l'étranger?

David Le Breton: Chaque marcheur invente son chemin. J'ai énormément aimé marcher au Népal et au Sri Lanka, seul avec ma compagne. En effet, je n'affectionne pas trop les groupes de dix ou quinze personnes. Il faut rester maître de son emploi du temps, pouvoir rebrousser chemin si le sentier qu'on emprunte ne nous plait pas. Je ne suis pas un adepte des trekkings. Il y a des marcheurs qui aiment être encadrés et d'autres qui aiment être complètement libres. Le Népal est malheureusement énormément sollicité par les marcheurs. Katmandou est à la limite de la saturation. Cette ville, déjà très polluée, perd de son charme au fil des années, à cause d'une industrialisation sauvage et d'un développement touristique excessif.

Ce sur-développement touristique vous fait-il peur?

David Le Breton: Je reviens de Prague. J'ai été amèrement déçu par les lieux historiques. Vous avez du mal à avancer tellement les touristes sont nombreux. C'est vrai que le tourisme présente aussi des aspects positifs. Il amène des devises et favorise l'emploi. La rançon c'est une certaine tendance à la "folklorisation" culturelle du monde. Une banalisation des lieux aussi: on est souvent déçu de se retrouver par milliers dans des lieux visités par de rares marcheurs au début du siècle dernier. C'est pourquoi le marcheur ne doit pas craindre de prendre des chemins de traverses, de partir avec ses proches et un guide local, ce qui est une manière écologique de développer le tourisme, dans le respect des populations et de l'environnement.

La marche est-elle un bon moyen de lutter contre le stress ambiant?

David Le Breton: La marche est un merveilleux remède contre le stress. Elle vous permet de vous ressourcer, de prendre une certaine distance avec les difficultés de la vie quotidienne. Ceux qui empruntent aujourd'hui le chemin de Saint-Jacques de Compostelle sont rarement des catholiques fervents. Leur marche n'en reste pas moins une quête spirituelle, personnelle et intime. Elle réveille notre jubilation d'exister. Pour moi, marche rime avec jubilation.


© oopartir


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